Barbara : débuts et inédits
Après avoir acquis l’intégrale publiée en 1992 par Universal, on croyait désormais avoir « tout » Barbara... Ben non ! Voilà que ressort une archive improbable, un enregistrement réalisé le 1er octobre 1954, dans l’atelier du peintre Marcel Hastir à Bruxelles.
Dans l’après-midi qui précédait le tour de chant qu’elle devait donner le soir-même, Barbara répète l’intégralité de son récital. Témoin de ce « filage » : Jacques Vynckier, ami de la chanteuse et élève du peintre, qui vient d’étrenner un magnétophone à bandes dernier cri. À la demande de Barbara, il est venu enregistrer cette ultime répétition où elle présente chacune des seize chansons entièrement reproduites ici...
Restaurée par Djengo Hartlap, cette bande, oubliée pendant cinquante ans, se révèle être un très émouvant témoignage des débuts de Barbara pendant sa « période bruxelloise »... À son répertoire, des succès du moment, qu’elle partage avec Cora Vaucaire ou Juliette Gréco (Frédé, Sur la place, Les dames de la poste, Mon pote le gitan), des classiques du cabaret (Bruant, Yvette Guilbert) et plusieurs chansons que l’on découvre, notamment celles signées Claude Sluys, son mari (L’avenir est aux autres, La promenade)...
Très beau livret, illustré de photos et de documents rares, textes de Marie Aviles et de Bernard Merle, « Barbara, L’Atelier 1954 » a été conçu et réalisé par Karine Le Bail et Philippe Tétart, le duo radiophonique des Greniers de la mémoire, la fameuse émission dominicale de France Culture. Une superbe réalisation !
Aux mêmes concepteurs, on doit aussi un coffret de quatre CD avec 77 chansons enregistrées à la radio entre 1956 et 1996, extraits d’interviews, captations de tours de chant (L’Écluse, Bobino, La Rose Rouge, La Tête de l’Art) et un concert entier donné à Carpentras en juillet 1973. Le livret, également très illustré, donne le détail de toutes ces séances.
Complément à l’enregistrement de 1954, ce coffret offre sa moisson d’inédits : La complainte de la Butte (en duo avec Frank Alamo !), Au cimetière, Dans la rue, Méfie-toi, Duo des tarots, Avant de partir, Thibaud de Champagne, J’ai ta main, Dans la rue Quincampoix...
R.B.
Paul Braffort en 3 CD !
Il est l’un des trois « Paul » de la Rive Gauche (avec Paul Barrault et Paul Villaz) et a en commun avec Guy Béart et Boris Vian dont il fut l’ami une formation d’ingénieur (au Commissariat à l’Énergie Atomique !). Il débute dans la chanson en 1958 en enregistrant un album de dix titres chez Columbia dont un, Le menuet de la Joconde, repris au même moment par Barbara (et plus récemment par Juliette) est resté dans les mémoires.
Âgé de 85 ans, Paul Braffort est resté... bon pied, bon œil ! Après avoir créé un site où il donne accès à ses œuvres (textes, écrits, chansons...), Braffort s’est atelé, ces deux dernières années, à l’enregistrement de toutes ses chansons et à la production d’un coffret de trois CD.
Le premier CD comprend 37 poèmes de Raymond Queneau. Ils contiennent, précise Braffort, « de nombreuses allusions ou citations littéraires. On ne s’étonnera donc pas des allusions musicales qui les accompagnent : Léon Xanrof, Dizzie Gillespie, Duke Ellington, Charles Trenet, Franz Liszt, Charles Chaplin et quelques autres sont évoqués, avec des échos de blues et de musette. »
Le deuxième CD propose un panorama du répertoire de Paul Braffort au temps des cabarets (1953-1958), soit 23 chansons interprétées par leur auteur (et quelques unes par Annelies Braffort... chercheuse à Orsay !), 23 chansons à découvrir, humoristiques ou tendres teintées de fantaisie, interprétées d’une voix étonnamment juvénile mise en valeur par les arrangements jazz de Serge Dutfoy et de sa formation.
Le troisième CD est consacré aux « Poèmes des Oulipiens (et de leurs aînés) », soit 22 textes (de Queneau, Duchamp, Braffort...) mis en musiques et chantés.
Une rédecouverte inattendue ! Comme il est peu probable que EMI réédite ses enregistrements de 1958, il est conseillé de se précipiter sur cette réédition à tirage limité (500 exemplaires seulement).
• En vente sur le site et notamment à la librairie Les cahiers de Colette : 23-25 rue Rambuteau, 75004 Paris et à la FNAC Forum des Halles.
R.B.
Serge Reggiani : raretés et inédits
Après « Serge Reggiani... toujours » (voir le précédent numéro), voici « Serge Reggiani... intime ». Sur le CD : 10 succès, la quasi-intégralité de son premier album à succès (Sarah, Le petit garçon, etc.) suivis de dix chansons enregistrées en public, extraites d’un concert inédit donné en janvier 1974, plus deux autres prestations (1969 et 1976), le tout enregistré par Radio-Canada... d’où proviennent les trois plages suivantes où l’artiste se raconte. En bonus : un poème inédit dit par Serge et une lettre, écrite à sa deuxième femme, Annie Noël, lue par son fils Simon.
Quant au DVD, il s’agit d’un film de 90 minutes, intitulé De force avec d’autres, réalisé par Simon Reggiani en 1992, peu de temps après l’hospitalisation du chanteur dans l’unité d’alcoologie de l’hôpital de Saint-Cloud : « J’ai voulu me servir de la caméra comme d’une machine à respirer pour lui permettre de gagner du temps sur ses angoisses, nous donnant à découvrir un autre Reggiani, clown cocasse et lunatique... » Du cinéma-vérité avec la participation amicale de Daniel Gélin, Jean-François Stevenin, Elsa Zylberstein... et de toute la « tribu » Reggiani.
R.B.
• CD/DVD Canetti. Site du label : www.jacques-canetti.com
Suzy Solidor au cabaret
Fasciné par la personnalité de Suzy Solidor (1900-1983), Martin Pénet vient de lui consacrer un CD qui ne fait pas double emploi avec les compilations existantes puisqu’il est exclusivement constitué d’enregistrements rares et inédits réalisés en public ou à la radio, entre 1933 et 1963.
Le CD, plein à rabord — 51 plages, soit une quarantaine de chansons et poèmes — s’ouvre sur un extrait d’émission radiophonique d’avril 1948 (Un quart d’heure avec Suzy Solidor, dont on retrouvera plusieurs extraits) où la chanteuse décrit aux auditeurs son cabaret et son public.
Et puis c’est sa fameuse chanson Ouvre... (paroles d’Edmond Haraucourt, musique de Laurent Rualten), ici dans sa version intégrale, chanson érotique qui dut en émouvoir plus d’un(e)... « Une voix qui sort du sexe », n’hésita pas à écrire Jean Cocteau faisant allusion au timbre grave si particulier de la chanteuse...
On retrouve d’autres succès de Suzy Solidor (Escale, Lily Marlène...), des reprises de Ferré (La chambre, L’inconnue de Londres), de Brassens (Le parapluie), des textes de Sacha Guitry, Maurice Magre, Francis Carco... ou signées Suzy Solidor. Plusieurs titres ont été enregistrés au cabaret La Villa d’Este, fin 1953.
Dans le livret de 28 pages, très joliment illustré et mis en pages, Martin Pénet évoque avec beaucoup de détails la carrière de celle qui « restera comme un personnage emblématique de la chanson, à l’interprétation envoûtante, mais aussi comme la femme libérée de bien des conventions, une figure de proue. »
R.B.
• Tél.: 01 42 47 00 34.
Sur le même label est paru « Chansons interlopes (1906-1966) » ou l’homosexualité en chansons... Un coffret de 2 CD, avec 54 enregistrements restaurés et de nombreux inédits. Livret de 48 pages.
Les Parisiennes
Il y avait bien une compilation d’une vingtaine de titres publiée discrètement par Universal. Voici maintenant la (presque) totale ! Soit 71 titres enregistrés par Les Parisiennes entre 1964 et 1971 sur disques Philips. Manqueront à l’appel six titres parus sur le label Spot (Sonopresse) entre 1972 et 1974.
Cette intégrale Philips offre deux inédits introuvables ailleurs, spécialement créés pour la radio. L’un pour l’émission de José Artur, Le Pop Club (le fameux générique très « countbasien » de 39 secondes : « 24 heures sur 24 / La vie serait bien dure / S’il n’y avait pas le Pop Club / Avec José Artur... »), l’autre, 24 h sur 24, un jerk de 2’39 à la gloire du transistor, une commande de France Inter au moment où la station se décide à émettre sans interruption ! Souvenirs, souvenirs...
« Il y a des chansons qui nous semblent détenir le secret de l’éternelle jeunesse. Leurs paroles ne prennent pas une ride, leurs musiques sont inoxydables », écrit Frank Gérald, l’auteur de la plupart des paroles du quatuor. « Les mélodies et les rythmes survolent allègrement les modes passagères, et nombreux sont les textes qui pourraient illustrer ces grands sujets de notre actualité : les vacances, les RTT, le CAC 40, l’insécurité, les relations France-USA, Eurotunnel, Wolfgang Amadeus, la bouffe et les régimes amincissants, le vieillissement de la population, les sports de glisse, le Salon de l’Auto, l’amour, bien sûr... »
Le livret propose une interview croisée de Claude Bolling et Frank Gérald, le compositeur-arrangeur et le parolier qui furent à l’origine du groupe (1). Quant au « tracklisting », il ne comporte aucune date ! Étonnant pour un éditeur habituellement soucieux du patrimoine !
R.B.
_____
(1) Voir interview de Claude Bolling dans JC n° 28.